Pourquoi le BDSM a-t-il les mêmes effets qu’une drogue sur votre cerveau

Que se passe-t-il dans le cerveau quand on se fait fouetter ? Des scientifiques et des dominatrices professionnelles parlent des endorphines et autres hormones chimiques qui, une fois liées, rendent la soumission si délicieuse.

 

Comprendre le fonctionnement du corps humain peut permettre d’augmenter le plaisir sexuel. Après tout, le cerveau est la première zone érogène et le BDSM y participe complètement.

 

Quand on évoque le BDSM, on a des images de bondage, de discipline, de sadomasochisme, de domination, de soumission. Pour beaucoup de spécialistes et d’adeptes de cette sexualité, la douleur agréable ressentie, vient de l’augmentation des endorphines pendant les séances. Des chercheurs américains ont même trouvé un mot pour définir cet état : le "subspace". Un "sous-espace" souvent décrit comme un sentiment "flottant" ou "volant".

 

"Pour chacun d’entre nous, les endorphines se lient aux opiacés pour soulager la douleur" explique Maitresse Madeleine Marlowe, interrogée par le site kink.com, un des plus gros producteur de vidéos BDSM. "Puisque le jeu BDSM peut inclure des échanges de pouvoir et des actes de masochisme, les endorphines produites sont un des neurotransmetteurs les plus communs en résultant."

 

Dès 1987, le Dr Geoff Mains, activiste du cuir et auteur, émettait l’hypothèse que l’activité BDSM provoquait la libération d’endorphines, mais les scientifiques n’ont pas trouvé la relation exacte entre la neurochimie et les rapports SM. Le DR Brad Sagarin, fondateur de l’équipe de recherche Science du BDSM et professeur de psychologie sociale et évolutive à l'Université de l’Illinois l’a comparé au sentiment d’un coureur. Cette forme d’euphorie et de tolérance à la douleur que certains joggers peuvent ressentir après une longue course. Même si dans un cas, l’un est provoqué par le contact de l’asphalte sous les pieds et l’autres par un fouet qui claque dans l’air.

 

 

En 2009, une étude intitulée Hormonal Changes and Couple Bonding in Consensual Sadomasochistic Activity (Les changements hormonaux chez les couples pratiquant une activité sadomasochiste consentie), le Dr Sagarin a découvert que les niveaux de cortisol (hormone du stress) augmentent chez les soumis et diminuent chez les dominants durant une séance. Une étude en 2016 mesurait le fonctionnement du cerveau d’une personne (contrôle des pensées, émotions et actions) après une séance rituelle appelée Dance des Ames (impliquant des piercing temporaire et des poids attachés ou crochetés). Il en résultait une augmentation du cortisol durant le rituel.

 

"Comme dans de nombreuses expériences stressantes ou extrêmes", explique Kathryn Klement, un chercheuse spécialisée en BDSM, "Les résultats de cortisol indiquent que les personnes pratiquant le BDSM ou des rituels extrêmes, libèrent une hormone habituellement associée au stress. Mais nous avons également constaté que les gens font état d’une baisse de leur stress psychologique, comme s’il y avait une déconnexion entre ce que le corps perçoit et ce que la personne perçoit."

 

Dans leur étude de 2016, l’activité cérébrale n’a pas pu être mesurée directement durant une séance de BDSM (cela nécessiterait une IRM, peut compatible avec une activité BDSM). A la place, les participants ont rempli un test spécifique (normalement pour détecté les dommages cérébraux) avant et après la scène. Après la scène, les soumis avaient les résultats les plus mauvais alors qu’ils étaient inchangés chez les dominants.

 

Le Docteur Sagarin expliquait récemment au site du Guardian que cette altération temporaire de la fonction exécutive du cerveau s’accompagnait souvent de flottement, de paix, de distorsion du temps. "Nous expliquons ces changements comme une évidence du sous-espace, un état altéré de la conscience que des gens éprouvent." 

 

Mais qu'en est-il du sous-espace psychologique ressenti par ceux qui subissent un jeu non physique, comme l'humiliation, le jeu des animaux de compagnie et autres fétichismes ? C’est à ce moment, explique Maîtresse Marlowe qu’une compréhension de la psychologie comportementale s’impose. "Dans le contexte de l'humiliation et du jeu des animaux, le calcul classique et opérant joue un grand rôle dans la façon dont ces types de fétiches se composent : le principe classique, rendu célèbre par l'expérience de Pavlov, consiste à placer un signal avant un réflexe." Explique encore Maitresse Marlowe, "Prenez un scénario où dominants et soumis jouent au jeu du petit chien. La dominante peut d’un simple claquement de talon pousser son « chiot » à lécher sa botte. Le claquement de la botte est un stimuli neutre associé à un stimuli inconditionnel consistant à lécher la botte, c'est une réponse apprise."

 

 

D'autre part, le conditionnement opérant implique un renforcement ou une punition après un comportement. "Dans le contexte de l'humiliation, il peut être utilisé pour punir et ensuite renforcer un comportement pour qu'il soit bien exécuté. Prenons un soumis qui vient pour être ligoté. Il a fait le choix de ne pas se raser l’anus, même si la dominatrice préfère un anus rasé pour mieux le pénétrer. Au lieu d'avoir la séance de sodomie de son rêve, il est humilié par la dominatrice qui refusera de le pénétrer. Je garantis qu’à la prochaine séance son anus sera totalement lisse. Et une fois qu’il aura eu son pegging de rêve, cela renforcera son choix volontaire de se raser."

 

Snow Mercy, une pro-dominante avec un doctorat en biochimie, explique de son côté qu’il y a un manque de documentation académique et de données empiriques pour établir une vraie relation entre biopsychologie et BDSM. "Je ne peux pas dire que j'ai utilisé la science de la neurochimie pour créer une meilleure séance mais j'aime étudier la science du BDSM", dit-elle. "Je trouve que la recherche BDSM est un domaine relativement nouveau. Aucune autre étude n'a été publiée sur la relation entre BDSM et neurochimie, d'après ce que je peux dire."

 

En effet, la plupart des études académiques modernes sur le BDSM sont beaucoup plus axées sur le questionnement et la démystification de son association avec la psychopathologie. À l'inverse, les premiers livres de référence sur les comportements sadomasochistes et les relations, comme Psychopathia Sexualis de Richard von Krafft-Ebing publié en 1886, rejettent la pratique et ses praticiens comme étant pathologiques. Une tendance qui se poursuit dans le domaine de la psychiatrie sous Sigmund Freud et d'autres éminents psychiatres en leur temps.

 

En 2006, les résultats d'un projet de recherches menées par Pamela Connolly impliquant 32 adeptes du BDSM auto-identifiés ont supposé que «bien que la littérature psychanalytique suggère que de hauts niveaux de certains types de psychopathologie devraient prévaloir chez les adeptes BDSM, cet échantillon ne permettait pas de conclure à l’existence d’une psychopathologie dans l’évaluation psychométrique (capacité à comprendre les capacités cognitives d’une personne, ainsi que sa personnalité et ses tendances comportementales) de la dépression, l’anxiété, les obsessions compulsives, le sadisme et le masochisme psychologiques ou les syndromes de stress post traumatiques.

 

Les conclusions de Pamela Connolly ont été corroborées par une étude hollandaise portant sur 902 pratiquantset publiée dans le Journal of Sexuel Medicine. La conclusion disait que les adeptes du BDSM étaient moins névrosés, plus extravertis et plus consciencieux que ceux qui ne pratiquaient pas. Preuve s’il en fallait que le BDSM conduit à des caractéristiques psychologiques favorables.

 

De son côté, Snow Mercy espère à voir plus de recherches menées sur l’activité cérébrale dans les rapports SM. «Avec la déstigmatisation du BDSM, je souhaite voir plus d’études sur la physiologie de cette pratique. »

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